soundpaintingfestival                       

INTERVIEW


danse - théâtre - musique - soundpainting

Festival Soundpainting 2014 - L'affiche du Festival

cotinaud_francois_soundpainter (Ph. FC)

Le musicien François Cotinaud prend la casquette de directeur artistique de ce
tout nouveau festival autour du Soundpainting, et il répond à quelques questions
qui permettent de saisir les grandes lignes du festival.
A quel moment et comment ton parcours de musicien a t-il croisé le chemin du
Soundpainting ?
La liberté, que j’ai sentie adolescent dans le jazz puis dans le free jazz, est déterminante
dans mon parcours musical.. J’ai longtemps défendu l’improvisation libre, puis l’écriture
au service de l’improvisation. J’ai réalisé que la composition, c’est à dire l’organisation
des évènements dans le temps, peut devenir un espace de totale créativité pour le
compositeur et pour les musiciens qui concourent à cette organisation. Des éléments
écrits peuvent ponctuer ce mouvement, ou être un axe, une perspective dans le
déroulement de la musique. Lorsque j’ai découvert qu’on pouvait remplacer une
partie de l’écriture par des signes corporels, qu’une transmission immédiate d’une
pensée à un ensemble de musiciens était possible, le Soundpainting s’est révélé
d’une efficacité extraordinaire. Là où auparavant on se permettait d’inverser un
déroulement prémédité, le langage du Soundpainting peut proposer des scénarios
inédits en inventant au fur et à mesure, au gré de l’humeur, tenant compte de la qualité
et de l’opportunité des improvisations des interprètes à un moment donné.
Le Soundpainting s’est imposé par ailleurs comme l’outil idéal pour unir mes travaux sur
le texte et la musique (cf. Queneau, Rimbaud), et mon initiation à la danse (Deluz,
Colboc, Duplan), puisque les signes peuvent se traduire dans la langue du théâtre et de
la danse.

Et qu'est-ce que ça a changé dans ta façon d'envisager ta musique ?
En l’absence de modèles, j’y ai retrouvé une nouvelle liberté, un terrain de jeu frais et
vivant. Désormais, je ne pense plus comme musicien, mais comme metteur en espace
d’expressions fortes individuelles. Je cherche la narration, celle d’un spectacle, poétique,
sans autre message que la vie qui jaillit des artistes sur une scène. Celle-ci se manifeste
sous tous les angles : la fragilité, la force, l’inquiétude, la joie, l’attente, le stress, le
dialogue.

Au delà de l'approche technique et musicale du Soundpainting, existe-t-il un état
d'esprit particulier, une philosophie ?
Loin d’un dogme, le Soundpainting est une langue vivante comme tous les langages, en
constante mutation. Chaque ensemble, inspiré par son chef - le soundpainter - imprime
une couleur singulière au spectacle qui naît d’une façon d’utiliser le langage, et à terme,
personne ne s’y trompera, c’est la qualité du travail de chaque ensemble qui fera l’intérêt
du Soundpainting. On a beau jeu d’acheter le meilleur violon s’il n’est pas joué avec
talent ! La langue est excellente, et le soundpainter doit l’être également.

Qui sont les grands noms et initiateurs du Soundpainting en France ?
Ceux que j’ai invités dans cette première édition : Angélique Cormier, Christophe
Mangou, Rafaele Arditti, Benjamin Nid, François Jeanneau et Walter Thompson, bien
entendu, le créateur du langage. Il y en a d’autres, en France, en Espagne, en Belgique,
au Brésil.

Pourquoi faire le choix de créer un festival entièrement consacré au
Soundpainting ?
Parce que le Soundpainting n’est pas connu du public, si ce n’est de quelques
musiciens, et surtout très peu connu du milieu théâtral et chorégraphique, qui occupe
une place si importante sur la scène française. Il nous fallait mettre l’accent sur le
langage à proprement parler avant qu’il ne se diffuse maladroitement, par une réputation
qui le dessert et qui l’empêche d’influencer positivement la création théâtrale, musicale,
et d’une manière plus générale, artistique.
A l’heure du "temps réel" de nos gadgets informatiques, le Soundpainting apporte une
réponse très humaine à cette question : composer en temps réel, devant les spectateurs,
comporte des risques et des délices tant pour les artistes que pour le public. Comme on
pouvait trouver de l’intérêt à la tauromachie, ou plus opportunément aux matchs de la
Ligue Française d’Improvisation depuis 20 années déjà (et là, il s’agit bien de théâtre),
assister ou participer à cette mise en jeu des artistes sur scène se révèle excitant et
enrichissant.

Quels sont les précédents en France et dans le monde ?
Aucun festival de Soundpainting à ma connaissance, déployé sur 3 semaines, n’a été
organisé nulle part ailleurs.

Quels sont les temps forts de cette édition ?
Les 7 ensembles que nous présentons, dans des lieux choisis avec soin, sont le meilleur
exemple de la diversité de l’orientation des créations proposées. Ne me demandez pas
de choisir, car je serai bien mal placé, soit parce que je les ai sélectionnés, soit parce
que j’en suis l’un des acteurs. Ce qui est certain, c’est que la découverte de l’une de ces
créations ne présume pas de la qualité ou des défauts d’une autre.

Quelques mots sur les stages / rencontres : quels publics ?
En bibliothèque, ou à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, nous avons souhaité
prendre le temps du commentaire, de l’explication de la démarche du Soundpainting.
C’est là l’occasion pour le grand public de déchiffrer les codes de ce langage, de s’y
initier un peu, d’en découvrir les finesses ou de tenter de comprendre ses liens avec les
outils artistiques antérieurs. A l’avenir, comme nous le ferons à la Bibliothèque Buffon,
nous multiplierons les initiations sous une forme ludique à l’attention de la jeunesse.
Les stages animés par Walter Thompson et François Jeanneau sont le moment parfait
pour approfondir le langage, notamment à l’attention des danseurs et des comédiens,
pour lesquels un stage spécifique est organisé au Centre National de la Danse.

Propos recueillis par Jean Delestrade




Festival Soundpainting 2014 - L'affiche du Festival